La crèche enchantée (Conte de Noël)

 

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La crèche enchantée

 

Il est de tradition provençale de faire la crèche à Noël.

C’est l’histoire d’une petite fille qui, en cette veillée de Noël, aide sa maman à confectionner la crèche. Tout a été soigneusement préparé sur un meuble du séjour, pour recevoir les santons (santoun : petit saint). IL y a de la verdure, du houx, du thym qui imite bien l’olivier, auxquels viennent s’ajouter une colline en papier froissé sur laquelle on saupoudre de la farine pour faire croire qu’il a  neigé, une plaine avec des maisons, un pont qui enjambe une rivière argentée, une chapelle en pierres sèches, un moulin aux grandes ailes, un puits, une borie et son enclos et bien d’autres jolis décors. Les yeux émerveillés, elle est impatiente d’ouvrir la boîte en carton contenant les santons d’argile fabriqués et peints par les maîtres santonniers de notre région. Elle s’exclame de joie et de surprise à la découverte de ces petits personnages qui sont pour l’instant, bien enveloppés individuellement dans du papier de soie. L’un après l’autre, ils surgissent de la boîte et chaque fois c’est la même interrogation.

Est-ce que ce sera  le berger (lou pastre) qui porte l’agneau qui vient de naître sur ses épaules pour l’offrir à l’Enfant Jésus ? Est-ce que ce sera lou  ravi et son épouse, toujours les bras levés au ciel tant ils sont heureux d’être présents à cet avènement ?

Ou Grasset et Grassette, qui tout doucement, bras-dessus bras-dessous, suivent le long cortège dans le village.

Ou bien est-ce que ce sera le rémouleur (l’amoulaïre) avec sa meule (la molo),  la fermière (la masièro) tenant par les pattes une poule en guise d’offrande.

Peut-être, le meunier (lou mounié) avec son sac de farine, le vannier (lou banastaire) tressant un panier d’osier, la  lavandière (la bugadiero), la fileuse (la fielarello), le gitan (lou boumian), Bartoumiéu, Margarido, le pécheur (lou pescaïre) que l’on place au bord de la rivière, la poissonnière (la peissouniero), le chasseur avec son fusil en bandoulière et un lièvre à la main (lou cassaïre amen sou lèbro) accompagné de son chien la-haut sur la colline, l’aveugle guidé par son fils,  le vieux bûcheron (lou bouscatié) porteur d’un lourd fagot (lou bosc) sur l’épaule et sa femme (la bouscatiero) qui le suit péniblement à l’orée du bois.

Sans oublier le porteur d’eau (lou pourtarié d’aigo) car l’eau en Provence est précieuse (l’aigo es d’or),

Ou bien le bel Ange en prière ou celui aux grosses joues l’Ange Boufaréu…..ou encore Monsieur le Maire, fier de porter son haut-de-forme et son écharpe tricolore,  Monsieur le curé muni de son parapluie rouge, lou tambourinaïre jouant de son tambourin et son galoubet qui donne l’envie de danser une farandole aux arlésiennes costumées. Toutes ces figurines sont délicatement disposées sur le support déjà décoré.

Elles défilent du village vers l’étable, où la Vierge Marie (la Santo Vierge), Saint Joseph (Sant Jousè) , l’âne (l’ase) et le bœuf (lou biou) attendent la venue de l’Enfant (l’Enfantoun).

La petite fille est de plus en plus impatiente car dans cette pastorale, il manque le personnage principal, le nouveau-né (l’ Enfantoun, lou tant bèu pichot : l’enfant, le si beau petit). Enfin vers minuit, elle apporte l’Enfant Jésus, nu et endormi dans un modeste berceau (la banasto) garni de paille, et le place entre la Vierge et Saint Joseph, sous le souffle chaud des deux animaux couchés sur le sol.

La crèche est presque complète.

Il manque seulement Gaspard (vieux roi des Perses) Melchior (roi des Indes) et Balthazar (roi des Arabes). Ces trois érudits sont guidés par une éblouissante étoile. Ils ont parcouru un long chemin, souvent à dos d’éléphant et de chameau, avant de venir s’agenouiller devant la Sainte Famille, chacun offrant respectivement l’or, l’encens et la myrrhe. C’est la raison pour laquelle ils sont déposés dans la crèche le 6 janvier, fête l’Epiphanie ou la fête des Rois.

Serait-il possible que ces figurines soient vivantes ?

Ce qui est sûr, c’est que chaque jour, chez cette famille, on constate que les santons ont changé de place.

Dans son esprit bercé de rêves, la fillette leur donne vie et les fait communiquer entre eux.

« Ne joue pas avec les santons, tu vas finir par les casser ! » lui disait sa maman.

Mais, la petite rêveuse désobéissait car la tentation était trop belle.

Continuellement, les statuettes bougeaient dans l’espace qui leur était consacré.

Cette petite fille a grandie. Elle est devenue maman puis grand-mère.

Elle a perpétué cette touchante tradition familiale.

Elle crée toujours avec passion, une crèche dans sa maison en période de fin d’année.

Et chose surprenante, son entourage remarque que, quotidiennement, les santons ont la bougeotte. Apparemment, sa crèche serait enchantée !

Après la chandeleur, c’est avec émotion et respect qu’elle défait la crèche. (la Candelouso : 2 Février).

Avec une certaine nostalgie, elle range soigneusement, chaque figurine enveloppée d’un papier de soie dans la boîte en carton qui leur est destinée. 

Elle leur murmure d’une voix étouffée « A l’an que vèn ! ».

Lorsque vous visiterez une crèche pendant les fêtes de fin d’année, car une crèche aussi petite soit-elle, se visite, ayez le regard attendri et émerveillé d’un enfant …

Et peut-être, verrez-vous la crèche… s’animer !

 

Chacune des scènes représentées dans une crèche, raconte la vie des paysans, des artisans, des commerçants, des notables, mais aussi des gens simples de notre belle Provence d’autrefois.

 

Ce conte de Noël a été écrit pour un adorable petit enfant afin qu’il n’oublie pas ses origines provençales. 

Paule G. SONGES  

 


Capture créche de Paule Gontard.JPG





07/11/2016
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